"Hara, centre vital de l'homme", Le Courrier du Livre, 1991

"Le quotidien comme exercice"Le Courrier du Livre, 1987

"Pratique de la voie intérieure", Le courrier du livre, 1983

 

Karlfried Graf Dürckheim (1896 - 1988) docteur en philosophie et docteur en psychologie, rencontre le zen pendant son séjour au Japon (1937 à 1947). Il pratique le zen et le tir à l'arc (kyudo).

Sa pensée a été fortement influencée par cette pratique, ainsi que par Maître Eckart et Carl Gustav Jung.

Entre 1951 et 1988, dans le centre de rencontre qu'il crée et anime en Forêt Noire, il propose une pratique initiatique qui, tout en servant l'esprit du zen japonais sans la moindre concession (la pratique de zazen et la marche méditative kin-in) est dégagée des rites et des formes culturelles propres à l'Extrême-Orient.

Pour K.G.D. l'homme a une double origine, l'une physique, l'autre métaphysique - qui se manifestent dans « le corps que l'on a » et « le corps que l'on est ».

La méditation est une voie initiatique qui tend vers ce qu''il appelle la Percée De l'Etre Essentiel, du Tout Autre. Il s'agit de moments singuliers, empreints d'un merveilleux qui nous touche soudain. Tout ce que nous vivons est imprégné d'une qualité particulière... Même s'il s'agit d'un sens inconnu, ce Tout Autre est cependant réel. Si nous avons « des oreilles pour entendre, la voix d'un maître qui n'est pas notre petit moi centré sur lui-même est perceptible à ces instants ». K.G.D. l'appelle le Maître intérieur. La pratique quotidienne permet la Percée de l'Etre Essentiel et aussi de surmonter la contradiction permanente entre la sollicitation vers l'extérieur et l'appel de de cet Etre Essentiel.

Dans tous ses livres, il insiste sur la notion d'exercice ; la posture zazen : « à la fin de l'expiration, on se pose, on s'établit dans le bassin ; c'est un abandon à la terre, qui progresse en profondeur, une union avec cette terre dans laquelle on s'enracine. La verticale forme la cime d'un arbre, le lien entre le ciel et la terre ».

L'homme doit se prendre comme un ouvrage entre ses mains, s'exercer sans cesse en vue du plein accomplissement de cette œuvre : l'œuvre la plus importante pour l'homme est donc en effet lui-même, lui-même en tant qu'homme.

Un siècle avant Jon Kabat-Zinn, K.G.D. a été un des pionniers psychologues à transmettre la posture aux occidentaux en en faisant un exercice fondamental pour l'homme à la recherche de son humanité, de son Etre Essentiel.

Francisco VARELA, THOMSON, ROSCH : "L’inscription corporelle de l’esprit", Seuil éditions, 1993.

 

Francisco Varela, chercheur en neurosciences d'origine chilienne et décédé en 2003 était directeur du laboratoire de recherche en neurosciences cognitives et imagerie cérébrale au CNRS, à la Salpêtrière, et co-fondateur avec le Dalaï Lama du Mind and Life Institute.

Dans ce livre Varela montre comment les sciences cognitives détruisent la conception de l'esprit séparé du corps. Il construit une passerelle entre les sciences cognitives et la phénoménologie, entre les sciences cognitives et la phénoménologie de l'attention, c'est à dire de la méditation bouddhiste, grâce à sa pratique de la méditation et ses échanges avec le Dalaï Lama.

"L’organisme donne forme à son environnement et est façonné par lui, les propriétés propres des objets perçus par nous et nos intentions à son égard se mélangent et constituent un tout nouveau. C'est l'expérience qui donne accès à la connaissance de la réalité. Il montre qu'il n’y a pas de monde extérieur à nous semblable pour tous mais que chaque instant est nouveau et dépend de l’observateur et de ce qui est observé. Il n’y a pas d’autres façons de connaître les choses qu’en passant par son vécu corporel et sensoriel." écrit Merleau-Ponty.

Mais Varela trouve l'approche phénoménologique trop théorique et suggère un retour à une réflexion incarnée de l'expérience humaine, non restreinte à la seule conscience mais où l'esprit et le corps sont considérés comme un tout. Le monde dans lequel nous vivons, démontre-t-il, ne peut être saisi en dehors de notre corporéité. Il propose de se tourner vers la pratique bouddhique de "l'attention-vigilance" définie comme "développement graduel de la capacité de présence à l'esprit et au corps non seulement dans la méditation, mais dans les expériences de la vie ordinaire".

Cette attitude de présence à l'expérience changeante, de l'adaptation de l'esprit et du corps à son environnement, mène au sentiment d'une "absence de soi", d'une "absence de fondement", d'une "instabilité fondamentale", d'un Grand Doute". Cette expérience humaine s'oppose à la conception même d'une science objective.

Comment relier la conscience (subjective) au monde supposé objectif dans lequel elle se situe ?

Francisco Varela développe le caractère fuyant, flou, de la polarité "objectif/subjectif". Pratiquant le zen, il souligne le rôle essentiel joué par la pratique de l'attention vigilante "qui dévoile que les choses passent et surgissent sans que nous puissions les immobiliser sur un socle stable. L'expérience modifie le cerveau à chaque instant. Francisco Varela  propose pour explorer le réel la "réduction phénoménologique" geste qui doit être appris, cultivé, stabilisé, pour arriver à la source du vécu.

"En conclusion", dit-il, "le remède au sentiment d'incertitude de notre culture, ne consiste pas à trouver un nouveau socle, mais à suivre une méthode et une discipline authentiques conduisant à une transformation de notre manière d'être au monde et à une éthique de l'altérité et de l'interdépendance."

Ce sont ces méthode et discipline que nous reprenons dans les programmes MBSR et MBCT.

 

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1 transmise dans le boudhisme Mahayana, puis plus récemment à travers les écrits de Nishitani Keiji, maître zen et philosophe disciple de Heidegger.

"Manger en pleine conscience", Les arennes, 2015

 

La pratique de la méditation pleine conscience se développe dans de nombreux domaines de la médecine et en particulier dans celui de la nutrition.

Jan Chozen bays est pédiatre au Legacy Children's Hospital de Portland. Elle étudie, pratique et enseigne le zen depuis plus de 30 ans aux Etats-Unis et anime des ateliers d'alimentation en pleine conscience.

Elle propose dans ce livre une méthode et des exercices (avec un programme de 14 exercices enregistrés sur CD) qui permettent d'appliquer l'attention vigilante aux différentes étapes qui constituent l'acte de se nourrir, une attention dénuée de tout jugement, centrée sur le moment présent et qui change la relation que nous avons avec la nourriture.
Son programme " Mindful Eating " consiste à explorer avec curiosité, sensoriellement, l'acte de manger et à expérimenter les différents moments qui le constituent. Elle propose de décrire l'aliment (comme dans "l'exercice du grain de raisin" dans les  programmes MBSR et MBCT) avec sa forme et sa couleur, de le sentir, de le toucher pour découvrir sa texture, de le déguster lentement, de le garder deux minutes en bouche, de suivre son trajet dans la gorge et l'estomac et également --comme dans les programmes-- d'observer les pensées, les sentiments, les émotions qui surgissent au cours d'un repas et d'accepter avec bienveillance nos pulsions, si pulsion il y a.
Elle nous apprend à distinguer 8 types de sensation de faim : la sensation de faim provoquée par la vue (d'un aliment appétissant), la faim auditive (un aliment qui croustille) la faim olfactive, gustative, la faim de l'estomac, qui n'est pas rempli, la faim mentale (les injonctions de l'esprit : pas ceci, mais cela parce que), la faim du cœur (besoins de réconfort) et enfin la faim cellulaire : nos besoins en nutriments spécifiques.


Dans cette approche, l'intention est mise sur l'expérience corporelle de plus en plus raffinée et subtile en laissant passer les injonctions mentales.
Quand nous prêtons attention au corps et aux sensations corporelles, le corps s'autorégule de lui-même, dit-elle (ce qui a été démontré par les théories de l'autorégulation de Davidson et Schartz en 1976) : c'est nous-mêmes qui sommes experts ! En écoutant nos sensations corporelles, en vivant avec nos sens et notre corps, l'instant présent, nous nous accordons à la sagesse innée et infinie du corps et à notre potentiel de guérison.


Manger est devenu en effet aujourd'hui pour beaucoup une véritable épreuve de la minceur, nous sommes menacés par les lois du perfectionnisme diététique, nous ne savons plus à quel "sain" nous vouer. Nous passons de l'anarchie alimentaire à la prison de l'orthorexie (un comportement alimentaire qui consiste en l'obsession d'ingérer de la nourriture saine) ; les patients ne viennent plus forcément pour maigrir, mais pour savoir comment se nourrir. Nous pensons trop à notre alimentation en essayant de la rationaliser avec nos croyances et les connaissances scientifiques du moment. Or ce remue-méninges s'oppose à un rapport simple avec la nourriture.

"Car à trop théoriser sur la nourriture, nous n'écoutons plus nos corps et nos émotions, et nous n'entendons plus les signaux que nous envoient la faim et la satiété" souligne le psychiatre Gérard Apfeldorfer1, qui a préfacé ce livre.

 

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1 Président du G.R.O.S. Groupe de Recherche sur l'Obésité et le Surpoids